«
Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. S'il
t'écoute, tu as gagné ton frère. Mais s'il me t'écoute pas, prends avec
toi une ou deux personnes, afin que toute l'affaire se règle sur la
déclaration de deux ou de trois témoins. S'il refuse de les écouter,
dis-le à l'Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain.
Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié
dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans
le ciel. Je vous dis encore que, si deux d'entre vous s'accordent sur
la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée
par mon Père qui est dans les cieux. Car là où deux ou trois sont
assemblées en mon nom, je suis au milieu d'eux. »
David
H. Stern nous dit que sous le règne de la reine Alexandra, dont on peut
retracer l'histoire dans les lives apocryphes, les pharisiens étaient
devenus les administrateurs des affaires publiques. Ils pouvaient,
comme bon leur semblait, bannir ou admettre une personne de la
communauté, ce qui équivaut à lier ou délier, refuser ou autoriser.
C'est dans ce sens que Jésus va faire usage de cette expression, après
avoir fait de ses disciples ses successeurs. Par ces mots, il les
investit de la même autorité que celle des chefs religieux. Il leur
donne le pouvoir de règlementer la vie de la communauté messianique en
les chargeant d'établir les lois de la nouvelle alliance. Il leur
permet de prendre des décisions traitant de questions et de problèmes
relatifs à l'église naissante, en rapport à la façon dont elle devait
vivre sous la nouvelle alliance. Jésus leur enseigne aussi qu'après
avoir usé de grâce, si deux ou trois leaders de la communauté
s'accordent pour prendre, à l'encontre d'une personne qui persiste dans
son péché et sa mauvaise conduite, une décision disciplinaire sur
terre, celle-ci sera appuyée de Dieu dans le ciel. Si par contre elle
se repend, elle en sera déliée sur la terre et dans le ciel, et pourra
ainsi réintégrer la communauté.
Les
propos de Jésus sont importants. Notez que ce passage n'a pas rapport à
la prière mais à la loi. L'expression « lier et délier » était
familière de son temps ; ses proches savaient de quoi il parlait, mais
ce n'est pas sa seule signification. Elle a aussi un lien très étroit à
l'enseignement des religieux dont Jésus demandera aux disciples de se
préserver : « Comment ne saisissez-vous pas que ce
n'est pas de pains que je vous ai parlé ? Mais gardez-vous du levain
des pharisiens et des sadducéens. Alors ils comprirent qu'il avait dit
de se garder non pas du levain du pain qu'il avait dit de se garder,
mais de l'enseignement des pharisiens et des sadducéens. » (Matthieu
16.11-12)