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« Je te donnerai les clés du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. » |
J'ai souvent pensé que cette parole du Seigneur était rattachée au combat spirituel. Mais là n'est pas du tout le contexte de ce texte. Jésus n'investit pas Pierre et ses disciples d'une autorité particulière pour lier ou délier des personnes qui sont sous l'emprise de l'ennemi, de la maladie ou d'autres maux. En grec le rapport à lier signifie, entre autres, mettre sous obligation de la loi, des devoirs, en faisant peser, sur les épaules d'une personne, un joug (qu'elle n'a pas à porter). Délier nous ramène à relâcher un individu (ou une chose) attaché ou lié (notamment par la loi). Matthieu, chapitre 23 et verset 4 nous dit à ce sujet : ils lient des fardeaux pesants et les mettent sur les épaules des hommes, mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. (Mt 23.4)
Du temps de Jésus, les Juifs étaient contraints d'obéir à des centaines de règles. S'ils en transgressaient une seule, ils étaient considérés comme ayant enfreint la loi tout entière. Car quiconque observe la loi, mais pèche contre un seul commandement, devient coupable envers tous (Ja 2.10). Ils étaient incapables d'en accomplir les exigences à la lettre tant elle était devenue un véritable joug, lourd et pesant (Ac 15.10). Encore aujourd'hui, il est question dans le monde rabbinique du joug de la loi. Nous comprenons alors mieux le verset suivant : prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de coeur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes (Mt 11.29). Jésus tente de faire comprendre à ses proches que ceux qui mettent ses enseignements en pratique trouvent la paix, alors que les commandements des pharisiens, qui sont difficiles voir impossible à appliquer, apportent condamnation et culpabilité.
Jésus s'est souvent opposé aux religieux de son temps car il savait qu'un enseignement contraignant et légaliste, non-conforme à la Parole de vie, liait le peuple et l'empêchait de s'emparer des promesses du Royaume. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Parce que vous fermez aux hommes le Royaume des cieux ; vous n'y entrez pas vous-mêmes, et vous n'y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer (Mt 23.13). C'est pourquoi il prêcha passionnément et sans relâche la bonne nouvelle afin que de nombreuses âmes goûtent à la liberté. Jésus parcourait toute la Galilée, enseignant dans les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du Royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité parmi le peuple (Mt 4.23).
En ce qui a trait aux « clefs du Royaume » qui était une expression connue du temps de Jésus, Armand Abécassis nous apprend qu'elles désignent le pouvoir rabbinique d'ouvrir les textes et de les interpréter pour que la parole divine qui y est déposée prenne sens pour la situation à partir de laquelle le maître les interroge (1).
En remettant ces clés à Pierre, il le mandate d'ouvrir le livre en lui donnant l'autorité d'interpréter les textes. Il pourra, par son enseignement, confirmer la loi juive selon les cas qu'il aura à traiter dans l'église naissante, ce qui équivaut à lier ou en expliquer le sens à la lumière de la grâce, de la nouvelle alliance et dégager la personne de la décision qui aura été prise à son encontre, ce que équivaut à délier. Par ailleurs, il invite Pierre à faire un bon usage de son enseignement afin que toute une génération puisse goûter à la liberté et entrer dans le Royaume de Dieu, ce qui contraste avec les pharisiens qui tenaient le peuple captif en faisant un mauvais usage et une interprétation légaliste de la loi.
Mais celui qui aura plongé les regards dans la loi parfaite, la loi de la liberté, et qui aura persévéré, n'étant pas un auditeur oublieux, mais se mettant à l'oeuvre, celui-ci sera heureux dans son activité. (Ja 1.25)
Aujourd'hui, dans cette possibilité que nous avons tous d'ouvrir le livre et d'interpréter les Écritures, je crois qu'il est important de réaliser que nous pouvons lier (faire peser un joug et de lourds fardeaux sur les gens) en interprétant les lois du Royaume de Dieu d'une façon légaliste, à la lumière d'une sorte de Halakah chétienne (2), pleine de principes que la Bible n'impose pas, ou le pouvoir de délier (ceux qui ont été liés) en interprétant les Écritures conformément aux principes divins de la nouvelle alliance.
Mais cela ne s'arrête pas là et si vous désirez en savoir plus, alors, je vous donne rendez-vous pour la suite dans un troisième article.
Que son Nom soit béni !
À SUIVRE...
(1) Abécassis, Armand. En vérité, je vous le dis. p. 217
(2) Halakah, terme hébreu qui désigne la loi.
Philippe Chatre